TERRE: un demi-siècle en observation

Je vous parle d’un temps que les moins de 27 ans ne peuvent pas connaître…

En 1992 Rio de Janeiro accueillait le sommet de la Terre. 120 pays étaient représentés comme autant  de blouses blanches au chevet de notre planète déjà bien contusionnée. Si comme pour moi cela vous paraît être hier, c’est certainement que vous en avez plus de 30. Plus sûrement encore c’est que ce temps est resté presque vide d’action, les soins promis n’ont toujours pas vraiment débuté. Alors que les maux progressent, le diagnostic se confirme et l’équipe médicale se renforce, le seul véritable acte accompli est le bond d’une génération. Certes, le trou d’ozone commence à se refermer et nous n’avons plus de plomb dans l’essence; dérisoires succès face à une maladie qui atteint à présent tous les organes.

Cette conférence me paraissait avoir pour origine une prise de conscience internationale débordante de bonne volonté. Elle était inscrite en fait dans un calendrier et cette édition n’avait sans doute rien d’extraordinaire si ce n’est quelques caméras de plus que lors des précédentes et  que certains aient voulu y voir un tournant écologique sans nous dire en quoi c’en était un. Quelques recherches m’ont appris qu’elle se tenait tous les dix ans et que la première a eu lieu en 1972 à Stockholm. Ainsi la perspective d’une catastrophe était déjà largement partagée engendrant les même effets vingt ans plus tôt. Ce qui signifie surtout que deux décennies ne nous ont pas permis d’avancer et c’est donc de fait, un saut de deux générations médicalement passives que nous avons accompli. La puissance médiatique et l’intérêt suscité par le sujet à cette époque était bien moindre. Qui se souvient de Nairobi en 1982 organisée à un moment où les hommes avaient semble-t-il un meilleur spectacle, dans une bataille navale du côté des Malouines ? Ou de Johannesbourg en 2002 moins attrayante que les méfaits d’un ben Laden, puis sa traque? Et d’ailleurs depuis le début de l’écologie on a toujours eu mieux à faire. Si on en croit les historiens, c’est dès le XVIème siècle que des naturalistes en charge d’inventaires dans les nouveaux mondes découverts un peu plus tôt par les explorateurs européens, s’inquiétaient des déforestations, exterminations d’animaux et dégâts d’exploitations minières. Des alertes totalement inaudibles, pour un souci bien trop localisé et lointain qui ne pouvait en être un, dans le camp des conquérants. On ne parlait pas encore de systèmes de la nature et moins encore d’écosystème. On ne pouvait imaginer la fragilité de ses équilibres et a fortiori notre capacité à les briser et que nous allions même savoir prendre de vitesse sa faculté d’adaptation pour notre propre perte en tant qu’espèce.

Aujourd’hui nous savons! Et puisque nos connaissances croissent sans cesse nous savons aussi que nous en saurons davantage demain tout en demeurant à jamais ignorant de la taille de l’inconnu. Nous en savons suffisamment pour ne plus douter de la survenue d’une catastrophe annoncée depuis longtemps si rien n’était fait. La déclaration de Rio 1992 montrant une indéniable prise de conscience de l’urgence introduisait un principe de précaution pour éviter le piège éventuel de ne pas savoir assez.

« Principe15
Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre a plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. »

Quelques certitudes plus tard, soit quarante ans après Stockholm, la réunion de 2012  Rio + 20  se tenant une seconde fois dans cette ville faisait un bilan. Il est sans appel : quasi nul ! Les maladies de notre Terre s’accélèrent, la perte de biodiversité est comme la chute des cheveux ou des bouts de peau qui tomberaient et certains des docteurs assurent avoir fait le maximum en ayant négocié de qui devait payer l’unique dose d’aspirine dont ils disposaient. A la vue de ce résultat « l’Agenda 21 » dont avait accouché 92 n’est porteur que d’un symbole et peut être lu comme s’il n’avait été qu’un ‘rendez-vous dans 20 ans’ pour trinquer au siècle nouveau. J’utilise le présent car ce programme est toujours en vigueur mais amputé de la dimension symbolique maintenant que les verres sont vides, le voilà transparent comme inexistant…

De plus la nature ne connait pas de calendrier, elle vit le temps sans le mesurer ; ce détail nous distingue d’elle, à moins qu’il nous en éloigne un peu plus.

Nous ne devons jeter la pierre à personne en particulier, nous appartenons tous à cette humanité et avons peu de raisons de douter, ni de la bonne volonté, ni de la bonne foi, pas plus que de l’intelligence des acteurs qui nous représentent.

Par contre, à titre individuel, ne pas prendre acte des échecs collectifs et continuer dans la voie du « réfléchissons ensemble » en s’émerveillant devant la beauté de l’unité et de l’universalité est paradoxal comme le serait de se réjouir d’une réunion de famille occasionnée par la mort d’un de ces membres aimé et dans la force de l’age.

Nous faisons même pire en ne nous intéressant pas aux causes de cette faillite qui serait un préalable à une correction du chemin ou au choix d’un autre.

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