MOTIVATION: l’absente

Nous déployons tant d’énergie dans l’assouvissement de nos besoins et plus encore pour satisfaire nos désirs dans une course si grisante que l’on peut rêver de changer notre monture fumante  pour une plus verte et poursuivre un raid fou que cette jolie couleur de bonne conscience autoriserait. C’est ce que proposent  aujourd’hui les écologistes après avoir abandonné leur idée première qui était de réduire la vitesse.

C’était pourtant une idée qui avait surgi assez spontanément avec l’élégance de la simplicité qui bien souvent s’avère être l’attribut des meilleures. Les économistes avaient alors ricané classant la chose parmi les « fausses bonnes idées » mais sans  nous dire en quoi c’en était une. 

J’ai un jour posé la question directement à l’un d’eux pour l’entendre me répondre que les systèmes économiques sont trop complexes pour qu’il puisse les aborder avec moi.  Et vlan! Il est des voies qui sont impénétrables! Un classique.  

 Un autre, lors d’un débat sur la chaîne Arte dont je n’ai pas retenu le nom  jugeait absurde de freiner production et consommation puisque le nombre d’humains augmente!? Genre dialogue de sourds entre contradicteurs ne parlant pas de la même chose. Ceux de son camp semblent être si convaincants que je crois qu’à présent il y a moins de « décroissants » chez les écologistes que chez les économistes.

 En tous les cas, là où les dirigeants politiques veulent bien se risquer à essayer de tenter d’oser quelque chose pour remédier au mal et a fortiori s’ils sont estampillés écolos, les ondes ne résonnent plus que de transition écologique, transition énergétique, énergie alternative, conversion au bio, énergie verte, carburant vert, électricité verte, économie verte, croissance verte etc.. Autrement dit: on baisse la tête, on ferme les yeux et youpi, on y va à tombeau toutvert !!

Derrière chacune de ces expressions se cache l’objectif de substituer une chose à une autre, la remplaçante prenant pour chaque cas la  teinte d’une pelouse. Un jeu de remplacement qui pourtant n’a jamais fait la  preuve de son efficacité.   La seule certitude est que ces transitions coûtent cher et là il y a unanimité de tous les « experts ».  En France nous avons Nicolas Hulot qui parle d’un effort de guerre  dont le Milliard d’Euros est l’unité de mesure. A moins d’un Milliard t’as plus rien de nos jours! Comment dans ces conditions obtenir l’adhésion des peuples?

Il y a plus embêtant encore, c’est le fait pour chacun d’entre nous de trouver des points positifs à la situation environnementale.

Un exemple est donné par la malbouffe qui est  dénoncée depuis si longtemps. En dépit de sa médiocrité nutritionnelle, d’un rapport qualité/prix défavorable, d’un mode de production désastreux, et une quantité de déchet impressionnante, elle s’est imposée petit à petit pour aujourd’hui être une référence plébiscitée. C’est bien par plaisir et par commodité qu’on en redemande.  N’est-ce-pas une récompense pour des enfants que de dîner chez MacDo?

Un second exemple aux rayons fruits et légumes des supermarchés où on observe le succès des produits verts et là je veux parler des ‘pas mûrs’. On semble raffoler aussi de ceux ‘bien traités’ en raison du prix par rapport au BIO, mais les tests à prix égal  montrent que la primauté de l’aspect est bien enraciné. 

On entend même l’argument sanitaire évoqué pour discréditer une pomme cueillie à l’arbre sans aucun traitement car potentiellement véreuse.   

Nos goûts se seraient-ils adaptés à l’offre?

Ne faut-il pas craindre un retour à une alimentation qu’on n’aime plus?

Le climat quant à lui en se modifiant permet le développement du tourisme dans de nouvelles zones et n’encourage pas les gagnants à participer à une marche contre le réchauffement, idem pour ces viticulteurs d’altitude par exemple (notamment en France) bien heureux d’augmenter le nombre de bouteilles vendues. Les automobilistes quant à eux retrouvent une bonne conscience et le plaisir des promenades en auto grâce à la sobriété des moteurs de dernière génération et un confort poussé à l’extrême les invitant à multiplier les kilomètres. C’est du moins ce que me laisse penser l’apparition de bouchons le dimanche après-midi aux abords de villes moyennes alors que  le nombre d’habitants est constant.

Autre bonne nouvelle dont beaucoup se réjouissent, c’est la baisse des factures de chauffage, en tous les cas parmi ceux qui résistent encore à la clim.


Outre que nous ne soyons plus capables de dégoût pour ce qui n’a plus de goût, je rejoins l’hypothèse d’une amie me disant à propos de notre si faible envie, collective autant qu’individuelle, d’agir pour la planète que c’est aussi parce que nous n’avons pas faim ! Ou quand le bien-être nous fait être bien ou que l’aisance affaiblit nos sens. Ce qui vaudrait bien sûr avant tout pour les « développés ». L’Economie aurait alors réussi à nous détourner de la nature ou quand c’est notre œuvre qui nous transforme et nous soumet. Lorsqu’enfin on veut nous convaincre de nous rebeller on nous assure qu’il n’y a d’autre choix que d’offrir en mariage à l’Economie une écologie dans une belle robe verte.  Etrange concept que celui d’une rébellion à la gloire de l’ennemi. Une chose est sûre, le constat peut être fait par chacun, on ne trouve pas grand monde avec une véritable envie de le mettre à sa place.

Cet article a 2 commentaires

  1. Lau

    Hey D !

    L’actualité très récente avec le Coronavirus qualifié de pandémie et Emmanuel Macron qui a déclaré le stade 3 pour la France, m’amène une réflexion que je souhaite te soumettre pour compléter ta réflexion autour de la motivation.

    Et si nous ne manquions pas de motivation mais que nous étions simplement incapables d’agir pour véritablement changer les choses, car collectivement notre cerveau est beaucoup moins efficace…?
    Je visionnais un documentaire sur une expérience effectuée sur le comportement du cerveau en groupe face à un évènement qui demande une action : la plupart des gens restent immobiles pendant un long moment jusqu’à ce que quelques personnes sortent de l’indifférence et agissent. Néanmoins, l’expérience démontrait que notre cerveau pousse à l’inaction naturellement quand nous sommes en groupe car la responsabilité est complètement diluée.

    Tout cela pour avouer qu’au fond de moi, l’actualité me laisse un petit sentiment de satisfaction « ça y est le temps s’arrête ! ».
    J’ai l’impression d’être embarquée dans une course folle depuis mon entrée dans la vie active sans avoir la possibilité d’en sortir (à moins de m’isoler) ou d’agir pour l’arrêter. Ce sentiment d’incapacité doit être partagé par beaucoup de monde, néanmoins rien ne bouge sous l’impulsion naturelle de notre cerveau.

    Là, « le temps qui s’est arrêté » est une situation imposée qui nous demande à tous de repenser notre manière de vivre et a un impact direct sur l’économie mondiale.

    Et si c’était cela la solution? Ne pas attendre que les motivations individuelles aient un impact global mais « hacker » le système économique mondial pour une disruption radicale parce que nous sommes au pied du mur et que le temps nous n’en avons plus alors autant l’arrêter 🙂

  2. Arrêter le temps est un vieux rêve et je perçois un double message dans ce que tu dis. D’abord un besoin de vacances, d’une pause à titre individuel, encore que tu montres une bonne disposition pour la réflexion.
    Ensuite que dans la crise sanitaire du moment, la nature (au travers d’un virus) par la contrainte nous indiquerait comment nous pourrions la sortir de la crise que nous humains lui faisons subir par ailleurs.
    Dans un groupe de personnes la responsabilité diminue avec le nombre et lorsqu’on désigne un chef c’est je crois souvent dans l’idée de la réduire encore, sans pour autant que celui-ci ou celle-ci ne l’endosse véritablement. (à développer)
    L’impuissance individuelle quant à elle augmente avec le nombre. On la ressent déjà à l’échelle d’une tribu, d’un village, d’une entreprise ou d’une équipe de foot. Elle est même ressentie par les dirigeants que l’on voit pourtant comme des détenteurs du pouvoir. Alors s’agissant d’actions au niveau planétaire elle atteint une paralysante démesure. Pourtant dans tous les pays démocratiques énormément de citoyens jouent volontiers de leur insignifiant bulletin de vote. Y a de l’espoir pour ceux qui pensent que le pouvoir est de ce côté.

Laisser un commentaire