COVID 19 regard

L’idée de ce blog n’est pas de commenter l’actualité mais le printemps 2020 est à ce point particulier qu’il est impossible de ne pas l’évoquer en direct, d’autant que le sujet est installé pour un moment et n’est pas sans lien avec notre grand défi environnemental. Il coïncide aussi avec mon retour ici après quelques mois d’absence.

Nous sommes mi-avril et la vision de notre monde a quelque chose d’irréel. Il est demandé à la moitié de l’humanité de rester chez elle.

Dans mon village les cafés et restos sont fermés, l’image d’un volet clos n’est pas inédite; il faut bien des jours de repos, mais tous en même temps ça n’arrive jamais sauf catastrophe locale. Dans la cité voisine c’est pareil. Un peu plus loin tous les quinquets de la ville sont éteints aussi et que dire en constatant que la capitale est atteinte de ce symptôme et finalement il n’y en a plus un seul d’allumé dans tout le pays. Pas une table d’accessible, cent pour cent sont débarrassées . Pas un seul comptoir et des dizaines de millions de coudes orphelins.

J’habite dans un pays d’Europe et c’est à peu près pareil dans les autres pays du continent. L’Orient et les Amériques sont en partie touchées aussi. On ne va pas boire un verre non plus en Océanie, reste l’Afrique impossible à confiner.

Si avant l’attaque de covid 19 on avait imaginé ce tableau on l’aurait dit improbable en dépit du fait que les épidémies font partie des risques de toujours et que certains scientifiques les prédisent plus fréquentes à l ‘avenir.

Si maintenant il avait fallu réaliser l’oeuvre sans l’aide d’un contagieux SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) on se doute bien que de dire à tous les tenanciers de bars et restaurateurs de la planète que c’est pour les besoins d’un film, aurait été un peu faible.

Voyant comment par ailleurs nous agissons pour sauver la planète, on peut être certain qu’invoquer la fin du monde ne suffirait pas non plus.

Et pourtant l’image est devant nos yeux.

Vu comme ça c’est une impression de disproportion entre la cause et les effets qui se dégage. Il faut évidemment ne pas voiler la gravité de cette épidémie mais j’entends beaucoup de gens d’ici mesurer le niveau tragique à l’étendue du mal. Ainsi une pandémie qui ferait un million de morts sur l’ensemble de la Terre est perçue comme bien plus grave qu’une épidémie localisée mais qui en ferait pourtant dix fois plus… surtout si c’est dans un pays lointain et plus encore s’il n’est pas riche.

Je note aussi combien les médias d’information semblent désemparés. Eux qui savent si souvent nous servir avec force piment des mets insipides se trouvent sans mot assez fort pour qualifier ce qu’ils voient.

Quand par exemple la presse française la plus lue ou vue garnit ses journaux des tweets sans intérêt de Donald Trump nous suggérant qu’il s’agit d’événements diplomatiques majeurs de portée mondiale, voire plus, que peuvent-ils bien dire de plus fort sur ce virus ?

Ou quand un autre américain , basketteur cette fois, se tuant dans un accident d’hélicoptère (c’est certes un drame à son échelle) fait la Une de journaux en Europe, où peut-on placer ensuite les morts du covid19 ? Ils sont l’équivalent du crash d’un A380 bondé (au plus fort de la crise) sur le sol des pays les plus touchés qui ont chacun le leur, la Chine, l’ Italie, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni etc… et ce chaque jour.

Du coup, les chiffres n’ont plus guère de valeur lorsqu’ils tombent laconiques, froids et secs. Contaminés, hospitalisés, morts, guéris; un défilé de nombres où 10, 100 ou 1000 se confondent.

Les informateurs ont alors opté et c’est louable pour la mise en lumière des soignants, sans distinction de catégories, estompant même pour nous la hiérarchie, pour faire plus beau  j’imagine.

On conçoit facilement qu’il leur soit difficile de se défaire d’un travers surtout s’il fonde la profession ! Néanmoins, il y a là aussi un aspect un peu irréel dans la retenue momentanée à amplifier et orchestrer des polémiques; une pause par décence peut-être??

Allez, cette fois pardonnons-leur leur troisième petit défaut; celui d’être ‘parfois’ dans l’excès et remettons à plus tard la définition du mot ‘héros’. Pour ce que j’entends dire par des professionnels eux-mêmes, ils ne se voient pas comme tels mais accomplissant juste leur métier malgré un risque accru, ils apprécieraient davantage de considération toute l’année…. Surtout ceux du bas de l’échelle…. Et surtout de la part de ceux du haut !

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