LES DOIGTS DANS LA PRISE… de conscience

2019 : l’année de la prise de conscience climatique.

Ah bon !?!?

C’est en tout cas le titre d’un article de fin d’année de l’Express qui reflète une idée qui semble être assez largement partagée par la Presse occidentale.

Clore un exposé un peu sombre par une note positive est à la base d’une bonne communication. Un incontournable pour qui entend soigner son audience. C’est ce que font aussi les politiciens, du moins ceux que le sujet intéresse, qui terminent, pathétiques, leurs discours par le bel espoir que suscite la jeunesse dans la rue. On imagine au passage qu’une fois élu il leur sera reproché de ne rien comprendre par ceux-là même qu’ils encourageaient et flattaient.

Il y a aussi les ONG écologistes qui abondent dans ce sens pour motiver leur troupes mais parce que peut-être moins enclines à fabuler, laissent entendre un message plus réaliste que je traduis ainsi: « On va tous mourir mais sourions; nous sommes de plus en plus nombreux à le savoir ».

Elle était, la prise de conscience, l’exclusivité ou presque de scientifiques se trouvant bien seuls à la rêver; sans elle où trouver l’envie d’agir ? (cf la motivation : l’absente)

Non le rêve n’est pas devenu réalité; inutile de pétrir des infos pour qu’elles gonflent afin de le faire croire. Le constat saute aux yeux et aux leurs en premier. Ils ne savent plus comment faire comprendre la gravité de la situation et les derniers douze mois n’ont pas atténué leur consternation face à l’inaction.

L’affirmation d’un tournant en 2019 serait-elle par elle-même déclencheuse d’un éveil ?

Les auteurs de l’info avec ceux qui la reprennent occupant largement l’espace médiatique useraient alors de leur pouvoir pour la bonne cause qu’on ne leur ferait pas grief d’une petite manipulation.

Malheureusement, à regarder directement et écouter autour de nous, on a perçu aucune vraie évolution dans les esprits et a fortiori dans les actions.

En observant sur quoi s’appuient ces observateurs je vois tout d’abord et le titre que je cite l’indique clairement, la question écologique est bien souvent réduite à celle du réchauffement. Ainsi, si prise de conscience il y avait elle ne serait déjà que partielle.

Principaux éléments invoqués :

  • l’effet Greta
  • l’augmentation du nombre de sièges verts au Parlement Européen
  • les citoyens des pays riches sont plus nombreux à dire qu’ils pensent à la planète
  • le Time a désigné Greta Thunberg ‘Personnalité de l’année’.

  • Il est indéniable que Greta Thunberg perçoit clairement que l’avenir, le sien et le nôtre à tous, va en s’assombrissant et pourrait en l’absence d’un changement de cap être tout simplement compromis.   Les adolescents dans la rue bien qu’en nombre croissant restent en proportion du nombre total une toute petite minorité. Leurs manifestations tout en se revendiquant du même désespoir que Greta ne disent pas quelle est la part de l’élan à vouloir renverser le Monde  existant inhérent à leur age et celle d’une vraie prise de conscience. Qu’en sera-t-il dans 5 ans lorsqu’ils auront quitté cette phase et un moindre besoin de se reconnaître dans une idole ?

  • On peut au premier abord interpréter l’augmentation des suffrages obtenus par les écologistes comme une prise de conscience des électeurs européens. Pourtant, en posant la question autour de moi et bien que cela n’ait évidemment aucune valeur statistique mais tout aussi fiable, il s’agissait plutôt d’un vote neutre. L’Europe paraît de plus en plus lointaine et inutile. Il a été difficile de se positionné dans un débat dépassionné et moins bipolarisé qu’à l’échelon national. Ceux pour qui le scrutin de 2019 s’est résumé par un ‘pour ou contre l’UE’, ce n’était pas l’expérience britanique qui pouvait les assurer de la bonne réponse. Par défaut le bulletin vert apparaissait comme sans engagement, sans le risque d’être un mauvais choix : « ça peut pas faire de mal » m’ont dit certains. Je n’ai pas senti l’adhésion aux idées vertes qui auraient permis de dire à l’instar des nouveaux élus de même couleur : « Hourra ! nous allons sauver la planète !! »

  • Peut-on sérieusement se baser sur des sondages pour mesurer la prise de conscience ? C’est bien sûr l’évolution des chiffres dans le temps qui est source d’information; encore faudrait-il que les questions ainsi que leur formulation ne varient pas.

Petit exemple :

On voit un petit 2% pour la sensibilité aux « grandes » marques or les publicitaires savent que les consommateurs les associent à la qualité. L’écart avec ce second critère (33% et 2%) ne peut pas être sincère. ‘Grande marque’ rime aussi avec gros budget pub. Le « vu à la télé » ça marche toujours et les annonceurs avec raison ne se préoccupent pas des intentions d’achats mais bien du contenu des chariots. Peu importe ce qu’ils disent qu’ils vont acheter, seul compte ce qu’ils ont acheté. Le neuro-marketing s’intéresse à ce qui dans nos têtes déclenche l’achat et se fiche des mots exprimés par ces petits menteurs. D’ailleurs n’est-ce pas parce qu’elles ont compris cela que les marques parviennent à ‘grandir’ et surtout conserver leur stature ?

Dans le cas extrême de Coca-Cola on ne me fera pas croire que c’est un rapport qualité/prix objectif (facteur plaisir compris), fut-il exceptionnel, qui suffit pour inonder la planète.

Si au fil des enquêtes de moins en moins de gens avouent cette influence, est-ce vraiment par prise en compte de l’impact de la consommation sur l’environnement ou simplement que presque tous aujourd’hui savent ce que la morale attend comme réponse et que suggère le fait même de la question ?


Second exemple :

Là encore la franchise n’est pas une vertu de sondé. 77% n’aiment pas le gaspillage ?? Alors que pas besoin d’une contre-enquête d’envergure pour savoir que cette proportion est plutôt celle de ceux qui au resto ne vident pas leur assiette !

Contrairement à l’exemple précédent, la tendance des actes va ici dans le bon sens mais à si petits pas que claironner la prise de conscience générale est indigeste.



Pour finir, citer une bonne note décernée par un magazine (Time) à une jeune femme réellement convaincue et surtout médiatisée pour attester d’une prise de conscience plus générale peut faire sourire mais je crois que c’est fait très sérieusement. Ou le curieux cheminement d’une impression qui devient un fait dès lors que l’appréciation émane de journalistes de référence (Que je devine eux aussi ‘grands’ !). L’image que cela dessine dans mon esprit est celle d’un gamin en cour de récré voulant démontrer la véracité de ses dires : « Si ! C’est vrai ! C’est mon père qui l’a dit !! »

On peut relever du positif en 2019 sur le front environnemental comme lors des années précédentes mais y voir cette fois dans d’imperceptibles frémissements un véritable éveil n’est-il pas foncièrement malhonnête ? Quel est l’événement qui aurait permis un basculement vers une révélation écologique? 2020 tient le sien dans une pandémie et surtout ses conséquences et nous verrons bien si quelque chose aura changé dans quelques temps mais rien de tel l’an dernier. Les phénomènes climatiques qualifiés d’extrêmes souvent évoqués étaient déjà visibles avant et quels seront les mots pour en parler s’ils s’accentuent effectivement encore dans le futur ?

J’aimerais connaître le nombre d’humains qui ignorent encore que nous avons inventé un très grave problème, nous les animaux intelligents.

Les autres, ceux qui savent sont certainement très majoritaires et j’en fait partie. Arrêtons de nous mentir, nous avons devant les yeux la laideur de nos exactions mais nous ne la regardons toujours pas. Nous entendons les gémissements de douleur de la planète mais n’écoutons toujours rien. Nous avons connaissance mais refusons encore de comprendre.

Ceux qui tiennent tribunes, micros, claviers et colportent le contraire semblent être quant à eux bien à l’écoute…. de leurs lecteurs, électeurs, suiveurs et souhaitant sans doute les garder, tentent peut-être de les rassurer.

Mais ne jouent-ils pas avec leur crédibilité en nous servant de la prise de conscience quand tout au plus ils caressent notre bonne conscience ?

Sont-ils encore dans leur rôle, notamment la presse naviguant entre com et info, lorsqu’ils se placent à côté de la vérité ?

Ont-ils vraiment si peu….. de conscience ?

Cet article a 3 commentaires

  1. L.

    Ton article me laisse un petit goût amer… Pendant cette période de confinement je suis passée de l’enthousiasme à imaginer le monde de demain au pessimisme d’un monde qui sera strictement le même. Les médias ont beau déployer des titres au parfum d’optimisme, il s’agit comme tu le dis, d’un coup de com/info pour réussir leur première mission : vendre du papier. Et pour cela, rien de tel qu’un ton qui navigue entre optimisme et scénario catastrophe pour donner un sentiment de nouveauté quotidienne dans un monde qui ne bouge malheureusement pas si vite.
    Autre fait qui ne donne pas beaucoup de chance à l’émergence du « monde d’après », le discours de certains de mes aînés. En effet, il n’est pas rare d’entendre « j’ai fait mon temps (alors qu’ils n’ont que 50ans ^^) l’écologie c’est aux jeunes de la porter, nous ont a pas été éduqués comme ça, on sait pas ». Si l’espoir du changement réside dans les jeunes, Greta en tête, ne faut il pas que cette génération soit éduquée (par l’école, par les parents) ? Que l’expérience des moins jeunes puissent les éclairer et canaliser l’énergie qu’ils auraient à investir sur le sujet ? Bref, on en revient à la même idée, la préservation de notre habitat ne peut se faire sans l’implication de tous. Vaine idée puisque, il me semble, que l’homme a la fâcheuse tendance à croire qu’il pourra s’en sortir même au pied du mur donc il attend apparemment d’être concrètement au pied du mur…
    L.

  2. Tout dépend du contenu de la transmission intergénérationnelle et il est vrai qu’en l’occurrence il faudrait l’inventer. Tu observes aussi l’absence de prise de conscience à laquelle s’ajoute la démission des ‘vieux’. On voit par ailleurs à l’exemple des soixante-huitards que les jeunes les plus déterminés à refuser de suivre leurs aînés sont ceux qui en poursuivent le mieux l’oeuvre.
    Je poursuis l’idée que penser autrement passe par l’écoute de ce que nous avons de plus profond, nos instincts et notre intuition accompagnés de bienveillance; ce que j’appelle le coeur qu’il ne s’agit même pas d’inventer mais juste de ressortir de son carton.

  3. Lau

    Cela me fait penser à une phrase du Petit Prince « On ne voit bien qu’avec le cœur ».
    Notre cerveau est sollicité par tellement d’informations au quotidien qu’on n’arrive plus à écouter et voir avec son cœur.

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