LA MERE DES QUESTIONS

La prise de conscience est à peu près inexistante quoi qu’en disent certains. Pourtant tout le monde sait. Effondrement de civilisation, dérèglement du climat, fin du monde, extinction de masse, biodiversité perdue, réfugiés climatiques, cyclones en rafale, mégafeux, pandémies, disparition de l’espèce humaine, ruine du vivant, pollutions et septième continent fait de déchets, alimentation empoisonnée etc etc…

Quelle oreille n’a pas vibré au moins une fois par une de ces expressions. De plus, quel que soit le péril, nous ne sommes plus dans les hypothèses mais bien dans l’observation des premiers signes d’une fin mal définie mais annoncée et en marche. Nous ne sommes plus à attendre d’être au pied du mur pour réagir, nous sommes bel et bien dans le mur par le fait de dégâts irréversibles! On ne fera pas réexister les espèces que nous avons déjà effacées de notre entourage.

Pour ce qui est d’en prendre conscience, on peut se demander où les informateurs puisent leurs informations lorsque chacun de nous peut observer autour de lui qu’elles sont fausses. De toutes évidence ils confondent savoir et comprendre ou avoir connaissance et prendre conscience. Les alarmistes ne font plus face aujourd’hui aux sceptiques mais à des rassurants qui affirment que les choses bougent, que l’écologie est en marche.

La lucidité ne serait-elle pas meilleure conseillère ?

Il y a peu de temps (50 ans) au cœur des ‘trente glorieuses’ quelques esprits sûrs de leur ‘science’ se risquaient à alerter le Monde sur la catastrophe vers laquelle il se dirigeait. Ils passèrent juste pour quelques épris de science… fiction; mais là rien que de très logique dans le contexte et les moins moqueurs portés par la masse pouvait hardiment rétorquer: « On n’arrête pas le progrès ! »

De vrais savants ont pris le relais et le message a acquis de la valeur. Le scientisme lui-même, cette philosophie qui se veut absolue, continuait de gagner du terrain; pas question donc de traiter ceux-là de blagueurs. Ils ont avancé des hypothèses sur les conséquences des modifications du milieu naturel et en même temps sur l’origine anthropique de ces changements. Des variations qu’à toujours connu la planète mais cette fois l’affaire à pris l’allure d’une autodestruction. Voilà qui devenait sérieux. Il manquait encore de lever les doutes; le principe de précaution ne suffisant pas à faire taire les sceptiques.

Ouf pourrait-on soupirer, nous y sommes, les scientifiques sont unanimes dans la certitude et commencent à mesurer le mal et non plus seulement à conjecturer. C’est par milliers que de partout, ils font hurler toutes les sirènes qu’ils peuvent.

Il n’y a plus d’obstacle à l’élaboration d’un plan de sauvetage. L’intelligence et la puissance collective sont là; même que l’on peut compter sur la globalisation qui laisse flairer le remède universel pour faciliter les choses, ou quand notre inconséquence présenterait tout de même un atout.

On a bien vu en 2008 avec quelle maestria nous avons sauvé les banques…

Les convulsions de la finance, si facilement maîtrisées, ont ainsi montré que le génie de l’intelligence consiste dans sa capacité à soigner ce que les cerveaux les plus performants ont raté. Parce que, tout de même, se sont bien des têtes considérées parmi les mieux faites qui les ont engendrées. Ainsi lorsque une élite faillit, nous pouvons compter sur une autre pour réparer; à moins que ce soit pour dé..faillir ? Mais ne soyons pas pessimistes, la fois là ça avait marché.

Je ne suis pas en train de démontrer que la prise de conscience par nous tous ne serait finalement pas nécessaire. Je souhaite au contraire partager un constat frappant: il n’existe aucun organe dans l’organisation que l’on croit hautement complexe et se voulant savante de nos sociétés, auquel incomberait d’actionner le gouvernail pour contrer la dérive.

Dans le cas de ce qu’on a appelé l’éclatement d’une bulle spéculative l’affaire était simple; les Etats ont juste joué aux banquiers pour venir en aide aux pros de l’argent (sans même que l’on sache si la chose était nécessaire en voyant la vitesse à laquelle les blessés se sont remis à courir). Ce qui est sûr c’est que les volontés de surveiller leur activité pour prévenir une récidive ont été tout aussi rapidement éteintes. Autre certitude c’est que après un demi-siècle à plancher sur la question écologique, ces soignants là n’ont ni outil ni remède et ne vont pas en forger n’ayant même pas de mandat clair pour le faire.

L’ONU vers qui on s’est tourné spontanément en rêvant d’une gouvernance mondiale n’a pas fait mieux et il y a fort à parier qu’elle continuera ainsi. Tant d’efforts réels à discuter, triturer le problème mais sans pouvoir s’en saisir vraiment ne devrait-il pas nous interroger ?

D’où ce grand mystère : Pourquoi donc tous ceux qui arborent ou brandissent du vert persistent à se tourner vers des dirigeants aux résolutions infructueuses  qui depuis des décennies ne déploient que leur impuissance dans ce domaine? Faut-il juste y voir une cohérence puisque dans les rangs écologistes on trouve ce que l’on appelle des activistes dont l’essentiel de l’activité consiste juste à dénoncer l’inaction persistante de ces autres ?

Les hommes de sciences mesurent, calculent, modélisent et extrapolent; leur rôle se limite à nous éclairer; ce qu’ils font et devrait être déterminant à déclencher… Au fait, à déclencher quoi? A part des yakas, quelqu’un aurait-il une réponse sérieuse?

Quand aux philosophes ils assistent au spectacle et nous vendent de la pensée sous la forme d’un méli-mélo dont personne, à bien y regarder ne fait usage, faute de savoir faire un tri.

Inutile de compter sur les acteurs économiques, leur champ de vision est contrairement aux précédents trop étroit, étant formés aux seules règles des affaires. Pourtant leurs leaders en gestionnaires et managers de haut vol, gonflant leur poitrine de winners , sont rompus à l’analyse et ne manquent pas d’imagination pour franchir toute sorte d’obstacle. De plus, ces champions détiennent souvent des outils pour agir sur des foules quitte à ce que le plus affûté soit la manipulation mais chut… on touche à l’Art.

La technologie prise dans toute sa largeur figure dans leurs propositions pour sauver un Monde qui bien souvent n’est que le globe de leur ego, et c’est oublier que le mal est arrivé avec elle et que la bienveillance n’est pas la qualité première de ses promoteurs, surtout quand ils nous assurent que si.

Bon qui d’autre ?

Si on croit que le mal est causé par des agissements inappropriés, on pourrait alors s’en remettre à des guides spirituels qui eux ont réponse à tout en se rendant directement à la case ‘dieux’ sans passer par la case ‘raison’ mais là encore ne faut-il pas se souvenir que leur influence à contribué à éloigner l’homme de la nature depuis l’origine de ces civilisations que l’on qualifie souvent de grandes?

Alors à qui s’adresser ?

« On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! » doivent se dire les écologistes entrant en politique pour faire… de la politique. A s’engouffrer dans une impasse, ne finissent-ils pas généralement au fond de celle-ci étouffés par les empêchements ?

En dehors d’individualités qui peinent à faire des émules, il n’y a personne, aucun groupe qui puisse prendre en main la barre du gouvernail salvateur. Deux éléments permettent de l’affirmer.

D’abord, la trajectoire aurait été redressée depuis longtemps. Au lieu de cela, on voit même que de ne plus avoir de doute sur la dérive n’a rien changé ensuite. Toujours pas de sauveur!

Puis le constat que parmi tous ceux de bonne volonté qui se proposent ou que l’on sollicite aucun n’envisage de faire ce qui devrait être le premier acte pour prendre cette barre. Tous veulent bien la tenir mais davantage, semble-t-il, pour la photo avec la casquette de capitaine que pour redresser le bateau, car la première chose que ferait n’importe quel pilote sachant piloter est de chercher à connaître la position, de comprendre quels courants les y ont amenés et leur force.

Non, il n’y a personne pour commencer par le début, pour amorcer avec sérieux une réflexion. Il manque une approche qu’individuellement quelques-uns ont et se laissent guider avec succès juste pour eux, mais hélas elle ne déborde jamais de leur intimité, et nous restons collectivement à chercher au mieux à nous préoccuper des symptômes sans même croire qu’ils auraient des causes.

Non seulement la prise de conscience est rare mais pour que les choses bougent il manque un signal de départ, une analyse de la situation, l’amorce d’une méthode, des questions pour comprendre où nous sommes, connaître les forces qui nous poussent comme autant d’indices pour trouver le bon chemin et savoir comment nous y engager.

On n’entend nulle part l’interrogation qui devrait pourtant précéder toutes les autres.

Rechercher les causes est un impératif de bon sens et nous ne sommes même pas étonnés qu’aucune élite notoire ne se demande:

   Comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

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